La preuve par 5, Ultra Tour du Beaufortain 2013

UTB 2013, PREUVES A L'APPUI...

Je savais que cet ultra allait être éprouvant. Je le savais et je le redoutais. On ne peut pas monter sur le ring, face à un tel adversaire, sans un minimum de nervosité et d’appréhension. Imaginez un peu la Bête : un monstre inhumain de 103 kms et 6 200 m de D+ ; un Géant  recouvert de neige, de caillasse et de boue ; un truc horrible qui hante vos nuits et vous tord les boyaux rien qu’en l’imaginant.

Dans le petit monde fermé du trail, on l’appelle UTB. Son nom complet est « Ultra Tour du Beaufortain » mais certains disent que cela signifie UNE TERRIFIANTE BÊTISE tant on peut amèrement regretter de s’y être engagé…

L’UTB, je l’ai déjà défié 2 fois. Une première fois en 2010 où je l’ai eu par surprise. Le Beaufortain avait d’autres chats à fouetter, des coureurs bien plus coriaces que moi. Naïf et ignorant ce qui m’attendait, j’ai réussi à atteindre la ligne d’arrivée. Il a failli en être de même en 2012, sauf qu’à 15 kms de l’arrivée, aux Saisies, le Beaufortain m’a stoppé net et m’a obligé à abandonner !...

Nous étions à 1 partout. Il fallait jouer la « belle » comme on dit à Marseille quand, à l’issue d’une partie de pétanque ou de belote, chaque partie a remporté une manche. Le défier à nouveau était certes courageux, limite suicidaire, mais imaginer le vaincre une seconde fois relevait presque de l’utopie Il allait falloir que je fasse preuve de suffisamment d’humilité pour ne pas me faire balayer d’un revers de la main mais aussi d’une sacrée combativité pour tenir jusqu’au bout sans flancher.

Le départ a eu lieu à le samedi 20 juillet à 4 h00 précises. A 4 h44’ le lendemain, je passai, avec 3 compagnons, l’arche d’arrivée de Queige. Comme prévu et redouté, cet ultra fut des plus coriaces. Nous y avons tous laissé quelques plumes. Mais, s’il a été chargé physiquement, le périple l’a aussi été émotionnellement. Nous y avons vécu des temps forts d’une rare intensité. Nous avons traversé des moments d’euphorie mais aussi des moments de doutes ; des phases d’exaltation et des phases d’accablement. Une partie de plaisir(s) doublée d’une partie de souffrance(s). A croire qu’en trail, souffrances et plaisirs sont intimement liés entre eux ; à jamais indissociables.

Au-delà de la prouesse sportive, l’UTB a été une aventure comme on en vit plus aujourd’hui, une aventure où l’on part sur les chemins, traverse les montagnes, franchit des obstacles sans jamais savoir si l’on ira jusqu’au bout ; une aventure où l’Humain a une place prépondérante ; une aventure qui n’est jamais considérée comme étant gagnée tant que l’arrivée n’est pas en vue…

UTB2013DJIPI

 

LA PREUVE PAR 5

Les 5 raisons qui m’ont poussé à m’aligner sur cet ultra :

1) La réponse est dans la question. Parce que c’est un ultra ! Courir un ultra, c’est faire partie de la « petite » famille des runners au long cours. C’est un peu la consécration.

2) Au-delà du défi de l’accomplissement d’un ultra, les sensations qui y sont vécues sont aussi extrêmes qu’exceptionnelles en terme de liberté, d’autonomie, d’invincibilité quand tout va bien, d’accablement quand tout va mal…

3) Pour le Beaufortain qui est considéré par les montagnards de tout-poils comme étant le paradis de l’outdoor. Sa variété (alternance de reliefs alpins techniques et de passages de « montagnes à vaches »), les paysages exceptionnels qui le composent, les sommets aux noms illustres en font un terrain de jeu que tout traileur rêve d’arpenter.

4) J’avais comme un petit compte à régler avec l’UTB. Pour oublier définitivement l’échec de l’année dernière, il me fallait remettre le couvert.

5) L’UTB était un test « grandeur nature » pour le Solu Khumbu Trail (Népal) à venir.

Les 5 "plus" de ma préparation, contributeurs de réussite :

1) Les week-end CHOC realisés en Lauzière, dans le Beaufortain et dans le massif du Mont Blanc.

2) Les entraînements croisés (skating, vélo, vtt, natation) que j’ai commencé à expérimenter.

3) La lecture de « La grande course de Flanagan » de Tom McNab, la bible de l’ultra-runner qui fourmille de mille et un conseils…

4) Le tannage des pieds au jus de citron (excellent anti-ampoule !)

5) Une cure de Spiruline

Les 5 passages mémorables :

1) Le Col à Tutu et sa majestueuse Pierra Menta

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2) Le lac Merlet aux allures de glacier de Patagonie

3) La Brèche de Parozan et sa descente débridée en « fesses-luges »

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4) Le Balcon des Gittes où la pluie ne nous a pas épargnée. Ambiance lunaire et mystérieuse…

5) Le Chemin du Curé et ses impressionnantes gorges.

Les 5 rencontres marquantes :

Le trail (et aucun pratiquant ne contredira cela) possède une particularité unique dans les sports de compétition : les concurrents se considèrent avant tout comme des compagnons de route plutôt que comme des adversaires à battre à tout prix. Cette réalité de terrain nous fait rencontrer des personnes hors du commun.

1) Matthieu : un ami devenu frère d’UTB !

Matthieu je ne l’ai pas vraiment rencontré sur l’UTB. Je l’avais déjà croisé une fois à Annecy à l’occasion d’une séance de dédicace de son livre. Et puis, il faut dire que suis avec assiduité et concupiscence son blog « Des Bosses et Des Bulles », un blog dédié au petit univers du trail que je ne saurai que trop recommander. Ces vignettes sont toujours subtilement imaginées avec des dessins et des textes irrésistibles. Matthieu m’avait aussi gentiment illustré la couverture de mon dernier livre « L’île de l’Himalaya ». Mais, malgré ça nous ne nous connaissions pas vraiment. Quand j’ai su qu’il était inscrit à l’UTB, je lui ai tout naturellement proposé de venir dormir à la maison la veille de la course, car, habitant à Lyon, il avait prévu de camper à Queige. L’orage tonitruant qui a éclaté sur Queige pendant le briefing du vendredi soir et les pâtes à la mozzarella de Cathy ne lui ont pas fait regretter son choix. Bien au contraire…

Le samedi, à 3h45 du matin, nous étions à côté dans l’aire de départ. La tension était à son comble. C’est là que nous avons remarqué que les numéros de nos dossards étaient de parfaits anagrammes (137 pour Mat et 371 pour moi). Nous y avons vu là un auspice favorable. Mat me demanda des conseils en matière d’ultra, conseils que je fut incapable de formuler si ce n’est le classique « part lentement, cela va être long », principe que je ne respecte d’ailleurs jamais… Nous ne connaissions pas nos niveaux de course réciproques aussi il était suicidaire de vouloir courir cet ultra ensemble. Pourtant, nous avons fait nos premières foulées l’un derrière l’autre. J’ai de suite trouvé la vitesse de départ un peu rapide mais vu les 1500 m de D+ qui se dressaient devant nous, je me suis dit que le « bon » rythme allait s’imposer de lui-même.

Au premier ravitaillement ; les Arolles ; nous étions toujours ensemble. Le courant passait bien entre nous, nos discussions nous portaient, notre allure était identique. Nous franchîmes la passerelle de St Guérin et finîmes par arriver au 2nd ravitaillement, celui du Cormet d’Arêches. Après avoir longuement savouré ce dernier, j’ai distancé Matthieu malgré moi et je l’ai perdu de vue. Je l’ai bien attendu de temps en temps à des points stratégiques sans jamais le voir réapparaitre. Je poursuivis donc seul du Col du Coin au Plan de la Lai. Là-bas, alors que j’étais à deux doigts d’arrêter la course, Matthieu me rejoignit et me sauva, par la même, de l’abandon. Tout s’est joué à 2 ou 3 minutes près… Rhabillés de neuf, chaussés de sec, ragaillardis et re-molarisés, nous sommes repartis comme s’il s’agissait d’une nouvelle course, comme si nous étions de nouveaux coureurs. Tacitement, nous nous sommes engagés alors à finir le parcours ensemble en adoptant une allure d’endurance pure : marche lente dans les montées, marche rapide ou Cyrano sur les plats, trottinement dans les descentes… Nous avons respecté cet engagement jusqu’au bout, les kilomètres tissant solidement notre camaraderie et notre complicité, les transformant en réelle amitié.

2) Valérie de Clermont-Ferrand.

Nous l’avons récupéré un peu avant le Col du Bonhomme. Cette fille court autant que ce qu’elle parle ; c’est-à-dire beaucoup et longtemps. Elle collectionne tous les « gros » trails de la Planète : Lybian Challenge, Tor des Géants,… Une fille étonnante et attachante que nous n’avons pas eu cœur à abandonner en cours de route, malgré ses nombreuses pauses pipi…

3) Christophe de Macon.

Lui aussi fut récupéré et enrôlé dans notre Team du côté des Crêtes des Gittes. Il était venu faire l’UTB avec sa sœur, Claire, qui nous suivait à quelques encablures. Très motivé, il n’a jamais lâché le morceau même dans la descente nocturne finale où sa frontale l’a lâchement abandonné.

UTB MAT UTB VALERIE UTB CHRISTOPHE

4) Cathy, mon épouse et Xavier mon copain du Népal.

Ce ne sont pas des rencontres à proprement parlé mais ils m’attendaient au ravitaillement du Plan de la Lai à un moment où la notion d’abandon me titillait. Les avoir vu m’a non seulement remonter le moral mais, de plus, modifié ma décision…

5) Le Taureau de la Gittaz

Dans la descente du Chemin du Curé, un taureau mastodonte nous a barré le chemin. Ses naseaux écumants et son regard inquiétant montraient qu’il ne plaisantait pas. C’est qu’il avait sa fierté à défendre et qu’il ne voulait pas perdre la face devant les charmantes génisses qui pâturaient à côté. Matthieu a dû jouer les matadors…

Les 5 moments difficiles :

1) Les sentiers boueux du Cormet d’Arêches où, à chaque pas, on se demandait si on n’allait pas perdre une chaussure…

2) Le moment de « moins bien » du Plan de la Lai.

« J’arrive au Plan de la Lai ; 49ième kilomètre de course ; dans un sale état. Physiquement, j’ai mal à mon genou droit, dans le dos et dans le pli de l’aine. Mon genou gauche me lance de temps en temps quelques petits signaux d’alerte. Moralement, ce n’est guère mieux. J’étais bien dans la course entre le Col à Tutu et la Brèche de Parozan puis tout s’est subitement dégradé avec l’apparition des douleurs. Je suis un peu dérouté, accablé. Je n’ai plus envie de me battre, pas envie surtout de courir les 60 prochains kilomètres en solitaire. Je ne m’en sens subitement pas la force, encore moins la volonté. Au ravitaillement, je dégrafe mon dossard mais ne le rend pas encore. C’est que la décision est grave, l’enjeu important. Je récupère mon sac d’affaires acheminé jusqu’ici par l’organisation, je me change de la tête aux pieds, me restaure, m’hydrate, discute avec des coureurs qui ont l’air de vrais zombis et m’interroge longuement sur la suite du programme. Soit j’abandonne e je rentre avec Cathy qui est venue jusqu’ici pour m’encourager, soit je persiste et continue la course avec les risques qui en découlent. D’un côté, la voie de la raison ; de l’autre celle de la passion. Pour une fois, chose tellement rare qu’il me faut la souligner, j’opte pour la raison et décide d’arrêter ici. 2 abandons à l’UTB deux ans de suite allaient être durs à digérer. Même si la notion d’abandon n’a rien de déshonorant en soi et qu’elle dénote plutôt de la sagesse de celui qui la prend, elle reste au final, une décision bien amère à prendre. Alors que je boucle mon sac et que je m’apprête à valider mon abandon auprès de l’organisation, Matthieu arrive. Il m’explique qu’il a pris son temps pour venir ici, gérant sa forme et appréciant le site. Il m’annonce que lui ira jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. Il n’en faut pas plus pour faire voler en éclat ma sage résolution. Si lui continue, moi je continue aussi !... »

3) Les portions de nuits (presque 8 heures de course de nuit) notamment sur les ardoises glissantes après le Joly.

4) Les longueurs interminables, sans fin, comme la liaison « Joly – Saisies »

5) L’écœurement en fin de parcours quand l’estomac n’arrive plus rien à ingurgiter et qu’il faut pourtant manger…

Les 5 moments magiques :

1) Le lever de soleil illuminant le Mont Blanc au Col de La Bathie

2) Les petits « délices » du parcours : soupe au Beaufort du Joly ou grenadine du Bonhomme, une simplicité qui n’a pas de prix…

3) La chevauchée débridée avec Mat sur le monotrace du Mont de Vorès, emportés par un flow enthousiaste, où malgré les 90 kms déjà parcourus, nos jambes arrivaient encore, à notre plus grande surprise, à courir vaillamment…

4) La Pierra Menta se reflétant dans les eaux égéennes du Lac d’Amour

5) Le passage de l’arche d’arrivée de notre quatuor, 4 mousquetaires unis pour le meilleur et pour le pire, unis jusqu’au bout du rêve, unis pour la vie…

Les 5 « must » :

1) La frontale Stoots (prêtée par mon voisin Cap Cavern), idéalement taillée pour l’ultra (légère, confortable, grande autonomie et, ce qui ne gâche rien, esthétique).

2) Les « Floppets » , barres énergétiques fabriquées-maison en suivant scrupuleusement les conseils de Julien Jorro (que nous remercions au passage d’avoir dévoilé ses secrets de fabrication).

3) Le taping. Cela fait quelques mois que j’ai des douleurs au genou gauche, au niveau de la rotule. J’avais entendu parler du Taping (ou K Taping) sans trop savoir à quoi cela correspondait. Chez les coureurs de trail, on voit de plus en plus ces bandes colorées appliquées le plus souvent sur les membres inférieurs. Rendez-vous pris avec Thibault, kiné à Albertville, la veille de la course pour la pose d’un taping sur mon genou. Le kiné m’encercle la rotule avec un morceau de bande. En vérité, je suis plutôt sceptique. Je me demande comment un si petit morceau de toile allait parvenir à soulager ma rotule ; quand à faire disparaitre la douleur qui apparait à chaque fois au bout de 15’ de course, je ne me fais aucune illusion… Et pourtant !... le résultat relève presque du miracle. Après 25 heures de course, AUCUNE douleur au genou ! Tout juste quelques titillements !...

4) Les Salomon S Lab. J’adore ces chaussures. Elles sont légères, confortables et ont un bon amorti. Dommage qu’elles coûtent la peau des fesses et qu’elles s’usent un peu trop rapidement à mon goût.

5) Le Beaufort, Prince des fromages. Un UTB sans Beaufort, c’est comme un Tor des Géants sans Parmesan… Nous avons dégusté ce fromage, à chaque ravitaillement et en quantité plus que raisonnable. En cubes, dans la soupe…

Les 5 « emportés pour rien » :

1) Le MP3. J’avais pourtant réalisé une play-list « special UTB » avec « Under my Thumb » des Stones gravé 3 fois de suite en prévision d’une côte sévère…

2) Des barres énergétiques au goût « pizza ». Je ne m’y suis pas risqué…

3) Les gants soie

4) La topo de la course (jamais consultée)

5) Une paire de chaussette de rechange (que j’aurais dû utiliser ; mais une forte flemme m’en a empêché)

Les 5 couleurs de l’UTB :

1) Le blanc de la neige de Parozan

2) Le bleu turquoise de la retenue d’eau de Roselend

3) Le rose des rhododendrons en fleurs

4) Le vert des alpages de la Petite Berge

5) Le orange de la boisson isotonique Nutratlhétic

Les 5 leçons de l'UTB :

1) « Moi, quand je suis fatigué, je me dis que je suis en pleine forme… et ça marche. Dans les moments extrêmes, il faut savoir se mentir à soi-même ». Cette citation de Kilian Jornet nous nous la sommes répété à maintes reprises. Mais, n’est pas Kilian qui veut…

2) « Dans les moments difficiles, il ne faut pas ruminer mais agir ». (Dawa Sherpa). Quand la fatigue nous submerge, la blessure nous fait souffrir, que le moral décline… plutôt que de se lamenter sur son sort, il faut être dans l’action. Du coup, nous avons agis : nous avons parlé, mangé, chanté, rigolé…

3) « Se hâter avec lenteur ». (Jean de La Fontaine). C’est là, le SECRET de l’ultra. SAVOIR RALENTIR quand on sent l’épuisement nous envahir. RALENTIR plutôt que de S’ARRETER. Quand la fatigue fusille, que la motivation décline, il faut ralentir ; l’idéal serait de ralentir avant que les symptômes annonciateurs n’arrivent.  Adopter un rythme lent repose le physique, soulage cœur et poumons. Avancer lentement comme si nous étions en Ville en train de faire du lèche-vitrine ou bien sur les hauts-plateaux himalayens. Le chrono en prend un coup, ce n’est plus de la « course » à proprement parler mais le moral et les cuisses s’en trouvent régénérés… Après une telle récupération active, on peut repartir d’un bon pied. Ou pas…

4) « L’union fait la force ». Courir un ultra en solitaire est un exploit ; le courir à plusieurs est une véritable aventure collective. Les forces de chacun s’additionnent, la solidarité rend fort (et celui qui soutien, et celui qui est soutenu), les énergies se regroupent, les mauvaises pensées s’évaporent, le bonheur est partagé.

5) «Il fait froid mais cela ira mieux quand nous nous serons agités » (Valérie). Citation pleine de bons sens entendue une dizaine de fois entre le Joly et Queige…

Les 5 phrases les plus entendues sur le parcours :

1) Mais comment font les premiers pour boucler ce Tour en moins de 15 H ?...

2) Sommes-nous toujours dans la barrière horaire ?...

3) Est-ce qu’il va falloir monter tout là-haut ?...

4) S’il y a de l’orage, on doit vraiment jeter nos bâtons ?

5) Il est encore loin le prochain ravitaillement ?...

Les 5 images :

UTB 2013 002-MiNi Pasta-party à La Poyat !

DSC08225-MiNi Passerelle de St Guérin

DSC08258-MiNi 3 mousquetaires

DSC08260-MiNi Névés du Curé

DSC08274-MiNi Pèlerins du Beaufortain

Les 5 raisons d’aimer les ravitos :

1) Chaque ravitaillement est un but en soi. Ils sont attendus et espérés comme le messie. Un ultra-trail, c’est comme un saucisson, il faut le découper en fines rondelles. Mentalement, il est difficile, même pour le plus téméraire des coureurs, d’imaginer le parcours dans sa globalité.

2) La chaleur humaine des extraordinaires bénévoles.

3) La profusion sur les tables : TUC, le Beaufort, soupe aux vermicelles, nougats, fruits secs, saucisson, Quezac-Menthe… Nos ventres sont de véritables poubelles qui engloutissent tout…

4) L’ambiance avenante sous les grandes tentes ; bulles de réconfort ; parenthèses de sérénité (repos, change d’affaires, soins, petits sommes,…)

5) Pour le plaisir de se dire en quittant le ravitaillement : « 1 de plus !... »

Les 5 bénévoles qui m’ont particulièrement époustouflé :

Au nombre de 220, les bénévoles de l’UTB ont été exceptionnels. On dirait qu’ils avaient tous suivi une formation « GENTILLESSE » tant ils ont été prévenants, bienveillants et toujours souriants…

1) La dame du Refuge de Presset qui m’a découpé et posé avec méticulosité un bout d’Elastoplaste alors qu’il était évident qu’elle était autant infirmière que moi je suis plombier…

2) L’adorable mamie qui m’a chouchouté aux petits oignons, notamment en me servant un thé brûlant au Joly. Je devais avoir une sale tête pour mériter autant d’attention… PALME D’OR pour elle !

3) Le gamin fougueux qui m’a remis mon sac d’affaires au Ravito du Plan de la Lai en un temps record

4) Le papy de la Gittaz qui m’a composé un méga-sandwich « saucisson-beaufort-TUC », surement une spécialité locale, à qui je dois mon ascension gaillarde du col de la Gittaz.

5) La gardienne du Refuge du Bonhomme qui nous a pris en photo comme si nous étions de véritables héros (ce que nous pensions vraiment être à ce moment là…)

Les 5 états d’âmes :

1) L’exaltation (du départ)

2) La confiance (jusqu’au  Col à Tutu)

3) L’abattement de la mi-parcours au Plan de la Lai

4) La solidarité (dans la seconde partie du parcours)

5) Le bonheur (à l’arrivée)

Ma plus grande satisfaction, à chaud, n’est pas tant d’avoir réussi à boucler ce tour, d’avoir obtenu ma revanche en remportant cette « belle » contre l’UTB… ma plus grande satisfaction est d’avoir, à mi-parcours, au ravitaillement du Plan de la Lai, pris la décision de choisir le chemin le plus difficile qui s’offrait à moi : poursuivre et terminer ce tour infernal !... Ma plus grande satisfaction est d’avoir réussi à terrasser mon plus grand ennemi. Non pas l’UTB, mais moi-même… Dans n’importe quel combat, le plus difficile est de parvenir à terrasser ses propres démons … En ultra, la dualité existe entre la montagne et le coureur. Même si ce dernier se dit être un passionné humble et respectueux des grands espaces, il n’en reste pas moins un Homme que la notion de défi transcende… Mais ce combat Homme/Elément n’est rien à côté du combat que devra mener le coureur contre son pire ennemi : lui-même. Il devra avant toute chose vaincre ses propres peurs, ses doutes, ses fragilités, son manque de confiance, autant de points de vulnérabilité qui l’inciteront à renoncer plutôt qu’à braver son destin… Un ultra-runner se doit d’être fort dans sa tête autant que fort dans ses cuisses.

En cela, je remercie Matthieu pour avoir employé, au Plan de la Lai, les mots qu’il fallait  (et aussi pour sa bombe de froid et sa pommade antalgique…).

Les 5 chiffres sacrés :

1) 103 kms et 6200 m D+ : le format de l’ultra

2) 24h 44’ ; 150 ième place : notre performance

3) 173 (soit 52%)  : nombre d’abandons, indicateur de difficulté

4) 10 cols de plus de 2000 m, indicateur d’alpinité

5) 220 : nombre de bénévoles, indicateur de chouchoutement des traileurs.

Comme sur les années précédentes, tous les participants n’ont pas rejoint la ligne d’arrivée. Sur 452 inscrits : 201 ont terminé, 173 ont abandonné, 37 ont été éliminés car hors-délais (dépassement des barrières horaires) et 41 ne se sont pas présentés le matin. Le premier, Sébastien Gérard, un athlète beaufortain, boucle le tour en 13 h26’ !!! ???....

A ceux qui disent qu’il faut être un peu (certains disent « beaucoup ») malade pour se lancer dans une course de ce format, je réponds, sans l’ombre d’une hésitation, au lendemain de cet UTB 2013, qu’ils ont complètement raison !... Et Vivement l’UTB 2014 !...

Jean - Luc Cadenel (aka Courpatas)