Grand Raid International du Cro-Magnon

Grand Raid International du Cro-Magnon

 

Selon les manuels, dormir bien l'avant-dernière nuit avant une course est essentiel, parce que la dernière nuit... comme je déteste ces théories...
Coincé depuis deux semaines entre le bruit de l'autoroute A50 (ouvrir la fenêtre) et la chaleur (fermer la fenêtre) je me vois soudainement face à un troisième compétiteur pour me compliquer la vie: une nuisance publique appelée SNCF et ses grèves éternelles...

Vendredi, 20 juin. L'alarme sonne à 4.30 du matin. En bus depuis La Penne-sur-Huveaune jusqu'à La Fourragère, métro à Saint-Charles, arrivée à 6.15, et voilà, le seule train pour arriver à Cap d'Ail vers midi sort vraiment. Deux cafés tièdes plus tard je suis à bord, un peu... soulagé, parce c'était vraiment le seule train pour pouvoir faire le Cro-Magnon, une belle course de 126 km depuis Limone en Italie à Cap d'Ail, des Alpes à la Méditerranée.

Cap d'Ail, midi. Une petite queue de coureurs attend déjà les navettes pour Limone, où on va prendre le départ. Parmi eux est Lionel, on s'est croisé dans le trail de la Galinette. Salut, ça va, on fait la connaissance d'autres coureurs, on entend italien partout, la queue devient plus grande...

Les navettes arrivent, la foule bouge, ça prend encore son temps, mais finalement on est en route...
Les premiers kilomètres sont plutôt un 'city tour' de Monaco, on traverse la ville lentement en 1001 virages, avec ses petites gratte-ciels ça semble Hongkong, bien sur, s'il n'y a pas d'espace dans le sol, il faut le chercher dans l'air.

Je voulais dormir un peu dans le bus, mais impossible. A part des nombreux virages, il paraît impossible de règler la température. Ou 15° ou 35°. Quand tout le monde est gelé, quelqu'un se plaint. Le conducteur éteint l'air conditionné. Après 10 minutes on entend le râle de quelqu'un à point de s'étouffer par la chaleur. Le conducteur allume l'air conditionné...
Ok, on ne dorme pas. Au moins on a la possibilité de regarder le beau paysage des Alpes-Maritimes.

Arrivée à Limone vers l'après-midi. Retrait des dossards, petit balade dans le village, le soleil brûle, avec Adrien de Cannes je vais à la tente à côté de la zone de départ. On trouve un endroit pour s'étirer un peu.

Pasta party à 19 h, et en Italie ça veut dire PASTA, et pas quelque blague ayant l'air de...
Lors du repas la présentation de la course et aussi des cracks, Pablo Barnes (Argentine) et Oscar Sanchez (Espagne, vainqueur du Tor de Géants) côté masculin, et Virginia Oliveri (Argentine) côté féminin. Ambiance agréable, internationale, la plupart de coureurs sont italiens/italiennes, mais il y en a aussi d'une foule d'autres pays.

Départ 4 h du matin, donc il faut dormir un peu. Pour les bobos, chambres d'hôtel et d'hôtes. Pour les autres, la moitié de la tente où on a mangé. On met des tapis sur le sol, on s'allonge sur les tables, on place plusieurs banques ensemble... Je n'avais pas amené un tapis, mais à côté de la tente j'ai trouvé le grand carton d'un emballage. Un peu clochardesque, mais ça va, vers 21.30 je me mets dans mon sac à couchage et j'arrive à dormir quelques heures.

A partir de 2 h du matin tout commence à bouger. Dans la part de devant de la tente ça sonne à petit déjeuner. Et voilà, à nouveau l'Italie: il y a du vrai ESPRESSO. Je n'aime pas trop le café avant une course, mais s'il s'agit d'un espresso italien... avec plaisir...

L'heure de départ s'approche. Pointage et quelques contrôles des sacs de coureurs, plutôt sporadiques. Et apparemment le règlement n'est pas pour tous... obligatoire d'avoir coupe-vent Goretex avec capuche, t-shirt thermique avec des manches longues, pantalons longues ou corsaires, etc. etc., mais je vois des sacs tellement minuscules qu'il est claire qu'ils ne portent même pas la bande réfléchissante “obligatoire”.

Enfin, le départ, et on court. La course a été raccourcie à cause de la neige, 126 km, 7600 m D+, 8600 m D- . Sept ravitos, base de vie au km 76, à Breil-sur-Roya. La première moitié est plutôt douce, pas très technique, on court souvent sur des pistes. Mais ok, le dénivelé reste...
Les premiers ravitos se trouvent à tour de rôle en France et en Italie, mais tous avec une petite mauvaise surprise: pas de fromage, pas de saucissons, seulement du pain, quelques gâteaux, des fruit secs, un peu de chocolat, parfois des bananes... pas grande chose.

Jusqu'à midi une journée ensoleillée, on traverse des paysages spectaculaires sur quelques sentiers vraiment beaux. Et on court vite. J'arrive au ravito au refuge du Muratone, 60 km et 4000 m D+ , après neuf heures de course ( la Sainte Victoire fait 60 km et 3000 m D+). Mais ok, la partie technique est encore devant nous.
A partir de midi, des nuages et du brouillard... l'atmosphère change complètement. On court le long des crêtes sans voir rien, la brume monte, on entend des coureurs sans les voir...

Base de vie à Breil-sur-Roya, km 76, 4650 m D+, 5360 m D- . J'y arrive après douze heures de course. Adrien est déjà à point de partir, Lionel arrive quelques minutes derrière moi. Je m'éprouve un peu cassé. J'ai peu mangé dans les ravitos, et je n'arrive plus à manger mes barres de céréales et les pâtes de fruits. Encore restent 50 km et la partie la plus technique. L'organisation annonce que les deux cracks Pablo et Oscar sont déjà à Sospel. So what ??? Ici on joue dans une autre ligue...

Je pars avec Lionel après une pause de 40 minutes. Prochaine étape à Sospel, 17 km, sans trop de dénivelé. Après Sospel ça commence: 17 km avec 1600 m D+ et 1300 m D- . La bouffe est meilleure à Sospel et je commence à me récupérer lentement. Je joins deux italiens et on va ensemble dans une allure régulière, pas trop vite, pas trop lente. Le terrain devient très technique, mais heureusement on peut faire une partie avec les restes de la lumière du soir.

Avant-dernier ravito à Peille, à 110 km de course, et put..n, maintenant il y a de la bouffe qui manquait tout le temps: bouillon avec des spaghettis, du fromage, des saucissons, des oranges, on ne sait pas quoi choisir, parce qu'on ne peut pas manger tout...

Lionel s'est récuperé aussi, on part ensemble pour les 15 km qui restent, mais il met le turbo, aucune idée d'où vient cette énergie. Encore quelques kilomètres techniques, mais sans trop de difficulté. Finalement on voit en bas les lumières de Monaco. Une dernière petit montée, alors on descend vers Cap d'Ail. Un kilomètre le long de la plage, dans le silence de la nuit, et c'est l'arrivée...

Exactement quatre mois après la fracture qui m'a condamnée à beaucoup de semaines d'inactivité, et trois semaines après avoir fait les 105 km de la 6666Occitane, je finis le Cro-Magnon en 22:48', ce qui me donne une place dans les premières 20 % des participants. Pas mal, je suis content...

L'arrivée était un peu froide, une poignée de gens dans la plage, mais ok, c'est 3 h du matin... mais il y a plus de vie dans le bâtiment qui accueille la salle de manger, les douches, les médécins, …
Nous retrouvons Adrien, qui a fini en 21:37', place 28, et qui est stupéfait que sept filles se trouvent avant lui, toutes italiennes sauf Virginia Olivera, qui a gagnée parmi les féminins en 18:30'. Qu'est-ce que c'était ici, championnat d'Italie? Peut-être, vu qu'il n'y a pas beaucoup de courses ultra dans le pays voisin...
Vainqueur des hommes: Pablo Barnes, 15:18', deuxième Oscar Sanchez, 15:47', le troisième déjà presque deux heures derrière Pablo Barnes.
Mais je me demande: aurait-il fait le même temps avec un sac comme le grand reste des coureurs...??? Avec le matériel “obligatoire”...??? Aussi, il ne faut pas oublier, qu'un départ fixé à 4 h du matin oblige à la plupart de coureurs de faire de nuit une bonne partie des kilomètres techniques...

Après l'arrivée, la douche, et ensuite la bouffe... On n'entend que l'italien, apparemment, et oui, quand on regard le classement, on comprend, 2/3 des arrivants sont italiens/italiennes... Après la bouffe, la question où dormir... On voit des coureurs couchés partout, dans la salle de manger, à côté des douches, dedans les petits stands devant le bâtiment... Avec Adrien je décide d'aller à la plage, il y a moins de bruit, et s'allonger dans la sable et plus agréable...

On se réveille après le levée du soleil. L'endroit est plein de vie maintenant, ambiance “après-course”. On prend le petit déjeuner, on retrouve Lionel, des coureurs arrivent encore, il fait déjà chaud, langue principale est toujours l'italien... Le petit déjeuner se traine, mais on n'est pas pressé, le soleil monte et il faut de plus en plus chaud...
Lionel m'offre de m'emmener à Aix-en-Provence, j'accepte avec plaisir. A vrai dire, j'aurais aimé de rester encore quelques heures, de jouir de l'ambiance, soleil, coureurs, plage, musique... mais la perspective de retourner sans souci, très loin de la SNCF, n'était pas mal non plus...