Echappée Belle Traversée Nord 2017 by Etienne

 

   

Pour mon premier ultra, je n'avais pas choisi le 85 km le plus facile, mais il fallait vivre une belle aventure pour une première, et ça l'a été !!!

Samedi, 6h, sur la ligne de départ au Pleynet, on sent toute l'envie du peloton d'en découdre. Pour ma part, je me place sur une 3e ligne, histoire de pas cramer mais histoire de ne pas me retrouver trop loin non plus. L'objectif étant simple : partir dans le top 20 (ou pas loin) et voir comment les sensations et la course évoluent. Les fauves sont rapidement lâchés après une minute d'applaudissements en mémoire des traileurs récemment disparus sur les pentes du Mont-Blanc. On démarre par une petite boucle autour du Pleynet avec 120 D+ pour étirer le peloton avant d'aborder une descente avec pas mal de racines, mais néanmoins assez roulante. Au bout de la descente, c'est parti pour la première ascension du jour vers le chalet de Tigneux : 5,3 km 970 D+. Les bâtons sont de sortie (je bénis d'ailleurs leur inventeur !!!), je me retrouve dans un petit groupe de 6 ou 7, bien caché pour m'économiser, on monte à un bon rythme sur une pente régulière. La montée passe vite. Mais le premier hic est là : le cardio est un tout petit peu trop haut (manque de retenue quand tu nous tiens) et, à ce moment-là, je me dis que je vais le payer cher par la suite. Arrivé au sommet, on attaque une bonne descente, légèrement vallonnée au début, à peu près plate par la suite et bien technique sur une bonne deuxième moitié avec, déjà, de la caillasse (c'est que le début !!). Je décide de laisser glisser la descente tranquillement pour essayer de faire redescendre le cardio, mais rien n'y fait, ça reste toujours un peu haut. J'arrive dans ces conditions au premier ravito, à Gleyzin, 18 km 1200 D+, en 21è position. Nickel. Mon assistance de choc (soeur et beau-frère) m'y attend, bouteille de coca, bouteille de saint-yorre, remplacement des flasques, ajout des sandwiches inter-ravitos. La mécanique est bien rôdée (et elle le sera jusqu'au bout) et le temps passé au ravito est limité au strict minimum.

A la sortie du ravito, le premier gros morceau m'attend, la montée au Col de Morétan : 5,6 km 1400 D+. Au tout début de la montée, je croise Cyril, il est dans le dur. Je le laisse pour me focaliser sur mon effort. Je suis un mec qui monte vraiment bien (je saurai après la course que c'était en fait le futur vainqueur du jour, enfin du soir). J'attaque le premier tiers sur un bon rythme. Mais, vu les petites cartouches que j'ai pu griller sur les 18 premiers km, et sachant ce qui m'attend sur les deux autres tiers, je décide de lever un petit peu le pied. Jusqu'au Refuge de l'Oule, à mi-montée, ça se passe pas trop mal. Mais les ennuis ne tardent pas à arriver. La deuxième partie de la montée est la plus technique avec, notamment, des rochers à perte de vue sur la partie sommitale. Je subis un énorme temps faible, je continue d'avancer mais j'avance de moins en moins vite, je perds place sur place, ça fait mal, très mal. Heureusement, le sommet est en vue, ça me redonne du courage pour ne pas exploser. Seulement 8 places perdues entre le ravito et le sommet, c'est un moindre mal. Surtout la vue est magnifique !! Ca vaut tous ces efforts. Problème : je ne vais pas être non plus à mon affaire dans la descente qui suit. Une première portion avec des cailloux partout, difficile de courir, mais ça va encore. Une deuxième portion sur une crête bien raide avec la présence d'une corde bien utile, là aussi ça va encore. Mais, en arrivant sur les lacs Morétan, le calvaire commence. Pas de trace, il faut naviguer entre des gros blocs de pierre pour trouver son chemin. Je tombe une fois après avoir mis le pied dans un trou. Peu après, je suis pas loin de me faire la cheville droite. Je perds encore des places. Je suis dans le dur. Heureusement, je sors assez "rapidement" de cette zone pour atterrir sur une portion plus courable avec en point de mire le ravito de Périoule, 27 km 2600 D+. Je ne le sais pas (et heureusement !!!) mais je pointe en 37e position, 16 places perdues depuis Gleyzin, ça fait beaucoup. Je bois un coup, mange et repars rapidement. Une bonne descente m'attend avant un gros raidard permettant ensuite de basculer sur Super Collet.

La descente se passe quasi intégralement en forêt sur un chemin difficilement courable, encore et toujours des rochers. Mais sur la fin, je peux dérouler un peu, ça fait du bien. J'arrive au bout de la descente avec un "adversaire", c'est parti pour le raidard : 2 km 500 D+. Il débute la montée sur un rythme bien régulier, je décide donc de me caler tranquillement dans ses pas. Mais la chaleur est étouffante dans cette zone, alors que jusque-là c'était agréable. Le rythme perd alors un peu en intensité mais on continue d'avancer. On arrive au bout de cette montée infernale et on atterrit sur une zone plus aérée, plus agréable. Encore 2 km sur un single vallonné puis 1,5 km de descente dans laquelle je décide de lâcher mon acolyte pour filer à mon rythme. J'arrive au ravito de Super Collet, 37 km 3200 D+, dans une super ambiance. 9 places gagnées depuis Périoule, la remontée folle est enclenchée. Les jambes commencent un peu à sentir les efforts et j'ai une douleur sous le pied gauche depuis le Morétan, je décide donc de m'asseoir pour reposer tout ça, bien boire et bien m'alimenter. Surtout que la section qui arrive est encore un gros morceau (en même temps, faut bien les placer quelque part les 6000 D+) : 17 km 1500 D+.

Les 400 premiers D+ sont difficiles, un chemin style DFCI en plein soleil, pas l'idéal pour repartir sur de bonnes bases. Mais je la passe correctement, tout en sachant que derrière je basculerai sur une longue descente amenant au pied de la montée des Férices. La descente se passe bien, elle n'est pas très  technique. Mais à partir de là, la chaleur (même si c'était pas non plus la canicule) fait vraiment son effet et la moindre source sera l'occasion d'une pause "mouillage de visière", voire "remplissage de flasques". La première moitié de la montée m'amène au Refuge des Férices, elle se passe vraiment bien, j'ai de bonnes sensations, j'avance à un bon rythme. Mais je fais une grosse erreur en arrivant au refuge, je décide de me poser 2-3 min sur un banc pour profiter du mini-ravito, en prévision de la suite. Dès que je repars du refuge, je sens que cet arrêt m'a coupé les jambes. La montée vers la Crête des Férices devient alors difficile, heureusement j'avance toujours, même si je n'avance pas de façon exceptionnelle. Après 10h de course, le sommet est là, ça fait du bien, je sais que les gros morceaux ascensionnels sont passés. Je commence à avoir mal sous les deux pieds, je décide de me poser 1-2 min pour essayer de soulager. Je vais d'ailleurs réitérer ce style de pause deux autres fois un peu plus loin dans la course, mais c'est une vraie perte de temps, les douleurs font partie de ce type d'effort et elles seront donc logiquement là jusqu'au bout. La descente qui suit est technique sur la première partie, accompagnée de petits ressauts, que je décide de descendre tranquille car je sais que la suite est très roulante en forêt. Cette dernière portion file vite avec une vitesse supersonique de 8-9 km/h !!! La ravito de Val Pelouse, 55 km 4800 D+, est là, j'arrive en 23e position (là je suis au courant), encore quelques places grappillées. Reste plus que 30 km 1200 D+, dont 18 km de descente, je commence à toucher au but !! Pour moi, à ce moment-là, je sens que je si j'arrive à passer sous les 18h, ce sera déjà pas mal.

Je repars donc du ravito sans grandes prétentions. J'attaque la première petite montée, 300 D+. Je la monte à mon rythme, sans trop charger, ça passe bien. Derrière, descente de 3 km très casse-pattes pour aller chercher la deuxième ascension, 350 D+ que je gère là aussi à mon rythme, sans chercher à mettre de la vitesse, surtout qu'il fait toujours bien chaud. Vers la fin de cette montée, je récupère un coureur de l'intégrale avec lequel je vais passer un petit bout de temps, on va discuter de tout et de rien, la dernière petite escalade va alors vite passer. Mais je vais faire une erreur dans la descente. Comme je ne me fixe plus de chrono, je décide de rester avec lui, quitte à l'attendre sur une pause "gros besoin". Surtout que qu'on avance pas bien vite dans la descente, même si on court...enfin on trottine plus qu'on ne court. Bon, c'est une histoire de perte de quelques minutes, mais bon des minutes mises bout à bout...Enfin bref, la descente est longue, interminable, en forêt, surtout que la nuit commence à tomber. On déboule enfin sur un large chemin, reste 1,5 km à peu près plat avant le ravito. Mon acolyte marche. Je me sens bien donc je décide de courir, ce qui me permet de récupérer facilement les 2-3 places perdues dans la descente. Je vois le ravito du Pontet qui est là, 71 km 5600 D+, j'arrive en 21e position en 14h53. Bon bah finalement je peux peut-être aller chercher le top 20 et passer sous les 17h30. Même si ça va encore suffisamment bien, je m'assieds quand même, histoire de récupérer un peu de fraîcheur, je bois, je mange, j'enlève la visière et les lunettes de soleil, place à la frontale. Dès que c'est fait, je repars le couteau entre les dents pour les 15 derniers km et 500 D+.

Dès le début de la montée, je me dis de ne plus réfléchir et d'essayer d'envoyer, ce que j'arrive à faire sur la première moitié de la montée, je cours les replats, tout va bien. Mais ça devient rapidement dur, je suis obligé de ralentir un peu le rythme, sous peine de me cramer et de perdre beaucoup de temps dans la dernière longue descente (10 km). Mais le dernier km de la montée est long long long, sur une route forestière en léger faux-plat montant. J'arrive enfin au bout en 16h05. Là, je me dis : "bon il reste 9 km, si tu te démerdes bien, les 17h15 peuvent être au bout". 17h15, c'était inimaginable 50 km en amont. Donc, je m'engage dans la descente, alternance de chemins et de routes carrossables, à 8-9 km/h sur le premier tiers, je décide de pousser plus sur la suite en étant autour de 10 km/h. Finalement, je déboule assez rapidement sur la route, là je sais que le plus dur est fait, il reste 1,5 km, il n'y a plus qu'à savourer. Je longe le parking, virage à gauche pour remonter vers le parc, y a du monde qui encourage jusqu'au bout, ça y est je vois l'entrée et l'arche aussi est là, reste une petite courbe à gauche et je coupe la ligne en 17h04, 16e scratch (12e initialement mais 4 coureurs en moins de 17h n'avaient pas été pris en compte), j'exulte, tout heureux de finir mon premier ultra, surtout dans un bon état (le speaker a d'ailleurs trouvé surprenant que je finisse aussi frais lol). J'avais clairement les 100 km dans les pattes. La récompense de tels efforts est là, derrière l'arche : pouvoir sonner la fameuse cloche !!!

En débarquant sur cette course, je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre, que ce soit au niveau de la gestion de l'effort, des temps faibles ou de la fatigue, même si l'entraînement avait été au niveau de l'événement. Au final, je me suis vraiment régalé et je sais que cette course va énormément me servir pour la suite, elle va me faire passer un cap, c'est le type d'effort que j'affectionne. Et encore, j'ai trouvé que 17h de course c'était trop court :D

Quand on goûte à l'ultra, on ne peut plus s'en passer, donc, même si je ne veux pas griller les étapes, je sais que je vais me programmer un ultra l'année prochaine. Refaire un 80 km ou aller titiller un 100 km ? A réfléchir...