La Ronda del Cims 2019 by Dam

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Ronda quand tu nous tiens...

Mon histoire avec la Ronda remonte à 2016 ; après 20 heures de course, j’avais dû laisser partir Hugues et Titi seuls dans la dernière nuit tandis que je vomissais tripes et boyaux alors qu’il ne me manquait qu’une petite trentaine de kilomètres pour boucler la course ! Impossible de m’alimenter, d’énormes difficultés à boire, aucun plaisir, que de la souffrance, presque de l’inconscience. J’avais donc un petit (gros) compte à régler avec l’Andorre.

C’est Jeanphi Saux qui m’a proposé de participer cette année alors qu’il venait de s’inscrire sur la Mitic. Qu’à cela ne tienne, la Mitic (110km/11000m d+) m’a coupé la tête en 2016, en 2019 j’étranglerai sa grande sœur la Ronda (170km/13500m d+) ;-).

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, Banzaï !

Mes horaires et ceux de Jeanphi n’étant pas compatibles, mon compagnon de chambrée sera le druide : Charles Polidori !

Autant vous le dire tout de suite, voyager avec Charles c’est revivre les plus grandes heures du Touring Club de France. Les meilleurs hôtels, aux meilleurs endroits avec de très bonnes tables. Charles a donc sélectionné l’hôtel de la Coma en plein centre-ville d’Ordino.

Arrivés à J-2 du départ, nous en profitons pour nous balader dans les rues d’Ordino et déguster les pâtes andorranes à toutes les sauces. Nous en profitons surtout pour faire des siestes et dormir comme des loirs histoire de charger les batteries avant les trois prochains jours.

La veille de la course nous récupérons les dossards puis je fais la connaissance d’Apostolos Teknetzis. Je dois être les seul trailer français à ne pas encore connaitre Apostolos car sa popularité dans les rue d’Ordino est incroyable.

Nous partageons le dîner d’avant course avec Apos et Lolo Geissel qui après avoir bouclées la Mitic et l’Euforia vient en Andorre pour la 4ème fois pour poser une dernière croix sur la Ronda. Apéro sobre, bien que j’aurais bien pris, vite fait, une petite mauresque avant les pâtes, mais bon je vais plutôt attendre de retrouver Cyril à Marseille pour la boire…

On file se coucher et je ferme les paupières pas vraiment confiant pour demain car mon entrainement  Ronda s’est en tout et pour tout limité à 4 blocs

  • • Bloc1 - Tracé du TSB + Trail de Signes le lendemain
  • • Bloc2 - Reco de la 6666 avec Titi A. et Anne-Marie
  • • Bloc3 – Off en Ubaye avec Cyril
  • • Bloc4 – Off Sainte-Victoire avec Charles

Cette histoire devra donc se jouer à l’expérience… d’autant plus que c’est la première fois depuis cinq ou six ans que je pars seul sur un ultra puisque Titi boucle son chantier.

- Vendredi matin 7h. Le départ est donné au rythme les tambours d’Ordino, j’en ai encore la chair de poule, c’est partit pour un petit voyage de 50/55 heures ou nous allons passer 16 cols au-dessus de 2400m.

Ne souhaitant pas me mettre la pression avec les horaires, aucun ne figure sur mon profil. Mes seuls points de repère sont

  • • Tombée de la 1ère nuit du coté de la Comapédrosa (Km 43,5)
  • • Tombée de la 2nde du coté de la porta Bianca (Km 118)

Je décide de faire la première montée (Collada Ferreoles - 1500m d+) avec Charles et Apos. Ils sont en principe un peu plus lents que moi mais ça m’obligera à démarrer tout doux.

C’est une belle montée sous le soleil durant laquelle on commence à découvrir les sommets qui nous entourent. Tout fonctionne à merveille, je bois, je mange (beaucoup de pastèques et melons blancs), j’urine, je suis en forme, quel plaisir ! Je pointe 325/450 au 1er ravito de Sorteny et 315 à Arcalis qui est le 2ème ravito et ou j’arrive vers 14/15h.

- Vendredi 15h. Les choses sérieuses commencent par la montée sèche (500m d+ technique) de la Brexta d’Arcalis. Cette montée minérale est exigente et difficile.  Pendant ce temps, je ne revois la deuxième place de Virenque ici en 97 juste derrière Ulrich et devant Pantani :-). En réécrivant ces trois noms 22 ans plus tard, je me dis que si Monsanto les avaient fait pisser dans des cuves, ils n’auraient jamais découvert le roundup ! Plus prosaïquement, je me dis surtout que nous rentrons dans la deuxième grande partie de l’itinéraire qui nous fera traverser tout le massif de la Comapédrosa avant de nous mener à la base de vie n°1 de La Marginéda.

La descente de la Brexta nous conduit à de magnifiques lacs de montagne avant de remonter au Clos Cavall. Un des plus beaux points de vue du parcours : nous parcourons une longue crête descendante bordée de magnifiques sommets de part et d’autre. Une première fois j’ai trouvé le paradis du coté du Monte Cintu, à coup sur un deuxième existe ici.

Nous effectuons ensuite une longue traversée fastidieuse en direction du Pla Estany qui marque le départ de l’ascension de La Comapédrosa (900m d+ sur 2 kilomètres, ça monte !) point culminant de la course et de l’Andorre. La montée est très raide, longue mais quel plaisir d’être accueillis par un joueur de cornemuse au sommet. Dans la montée, j’ai fait la connaissance d’Hugues qui comme moi bosse dans l’univers de la communication et me propose de faire la nuit ensemble. Banco, allons y !

- Vendredi 20h. Notre objectif est maintenant de rallier La Margineda en milieu de nuit via un profil descendant. Hugues a un bon rythme, nous gagnons rapidement le refuge de la Coma. Ce refuge étroit et remplis de coureurs en phase d’abandon ne nous incite pas à faire de vieux os. Cap vers la Botella ou notre équipe compte un partenaire supplémentaire : Éric. Le profil est toujours facile et descendant et après une pause rapide à la Botella nous mettons le cap sur Bony de la Pica ou notre équipe passe de 3 à 4 avec l’arrivée de Carole (29 ans – 5 ou 6 ultras à son actif) un sacré petit de femme dotée d’une volonté de fer.

La descente de la Margineda équipée de câbles est hyper technique et nous arrivons tous les quatre à la base de vie vers 4h.

Alors que tout le monde souhaite un peu de sommeil, je les préviens que ma sieste fétiche de 6 minutes me suffira et que je partirai (seul) juste après.

- Samedi 4h30. Bilan : après 22 heures de course, j’ai parcouru 70km/5700d+, même si il reste 100km/7800d+, seul dans la première grosse montée de la journée (Cortals Manyat -d+700m), je pête le feu et me dit que depuis le début de course, je n’ai pas eu un seul accroc, pourvu que ça dure…

Le jour se lève et l’état de grâce n’aura pas duré longtemps. Je ne m’en étais pas rendu compte mais pendant la descente de la Margineda je me suis fait deux colossales ampoules sous la plante de chaque pied. Du coup, chaque pas en descente est une souffrance et malheureusement cette année je n’ai pas Galou pour venir me soigner comme l’an dernier au col des Aravis (tu m’as manqué mon ptit frérot). La longue traversée (environ dix kilomètres) au profil descendant jusqu’au prochain ravito de Coma Bella est un supplice. Carole qui était partie quelques minutes après moi m’a rejoint au ravito ou nous nous gavons de pastèque avant de repartir 5 minutes plus tard !

Nous nous apprêtons à attaquer le gros morceau de la journée : la montée du Pic Nègre (1300m de d+) sur un terrain facile mais raide. Nous réalisons la première moitié en une petite heure sans coup férir puis au petit ravito ma camarade Carole a un léger coup de mou. Nous faisons six minutes de sieste et repartons tambour battant. La seconde partie de la montée  est abominable, il s’agit d’une double trace de 4x4 droit dans la pente de 300m de d+ en plein cagnard à midi pile. Dans ces cas je sors ma martingale « la spéciale Titi » tu ralentis, tu raccourcis la foulée, tu ne t’arrêtes pas et surtout tu la fermes !

Une heure plus tard nous sommes en haut nickels et attaquons la descente qui me fera souffrir jusqu’à retrouver le parcours de la Mitic et rejoindre le ravito du refuge Claror et passer le 100ème kilomètre, plus que 70 à faire, on s’approche, on s’approche ;-)

- Samedi 15h30. Nous ne trainons pas à Claror, direction Illa avant de filer à notre seconde et dernière base de vie du Pas de la Case en début de nuit. C’est une longue portion de 25 kilomètres et 8 heures durant laquelle nous aurons très chaud et franchirons des dénivelés raisonnables. Hugues nous rejoint juste avant Illa, il est en pleine forme et fait toute la portion devant jusqu’au Pas de la Case.

- Samedi 23h45. Nous arrivons au ravito vers 23h15. Hugues est pris en charge par sa famille et Philippe qui a réalisé plus de 100 marathon et qui fait l’assistance de Carole est également aux petits soins avec moi. Merci camarade auvergnat, content de t’avoir rencontré ;-)

Nous dormons tous les trois une vingtaine de minutes et quittons le Pas de la Case avant minuit. L’objectif est de franchir la ligne d’arrivée demain entre midi et deux. Il nous reste 45 kilomètres et un peu moins de 3000m de d+. Cette dernière nuit sera ponctuée de trois bonnes montées de 700/800m puis une longue descente de vingt kilomètres.

La nuit aura été très pénible. Hugues passe devant avec Carole et j’ai toutes les peines du monde à les suivre, les ampoules et les pieds humides me font souffrir le martyr. Je leur demande de m’attendre mais rien à faire ils tracent. Je sens que la fatigue, la lassitude et la testostérone commencent à faire des ravages. Je fais le forcing et réussis à les rejoindre au sommet du Pas de les Vaques. Mais dès le début de la descente ils repartent devant.

J’arrive à recoller au ravito d’Inclès, nous dormons tous les trois un quart d’heure, puis je ne leur laisse pas le choix, je fais la montée devant, mon rythme est régulier, on ne se fait pas doubler, mais ce n’est pas suffisant pour Hugues et Carole qui passent devant au sommet de Cresta Cabana Sorda et filent seuls vers le ravito Coms de Jan sans m’attendre. Je suis agacé par ces trois dernières heures et bien décidé de leur demander de « se casser parce qu’ils m’ont gonflé » :-) :-) :-) (c’est plus facile d’en rire trois jours après).

- Dimanche 10h00. Hugues et Carole sont partis devant, je finirai seul, tant mieux ;-)

Après une bonne dernière montée ou je rencontre un groupe de randonneurs qui m’apprennent que Pinot et Alaphilipe ont cassé la baraque sur le tour, j’attaque mon ultime descente. Je suis à vingt kilomètres de l’arrivée en pleine forme même si j’ai très chaud (j’ai perdu ma visière) et j’ai un bon rythme. Je profite de mes deux dernières heures de course en marche rapide au téléphone avec Véronica, Nathan, Maman et surtout avec Titi avec qui j’ai dû rester au moins ¾ d’heure au téléphone. Je lui raconte ma course en détail alors qu’il me fait part de ses impressions à distance puisque il m’a suivi sur le live durant les 55 heures.

J’entre dans Ordino et retrouve Charles et Apos à 200m de la ligne ou je commence à saigner du nez. Quel plaisir de les retrouver tous les deux, ils essayent de me soigner tant bien que mal avec des mouchoirs en papier mais rien n’arrête le flux, je me vide, j’ai l’impression d’être saigné comme un cochon. Je passe la ligne au petit trot avec un nez gros comme une patate.

55 heures pour faire les 170km et 13500m de d+

Mon agacement de fin course est loin, je n’en veux absolument pas à mes deux ex compagnons arrivés un peu moins d’une heure avant moi. On s’embrasse avec Charles, Apos et même Fabien qui vient de boucler l’Euforia et j’apprends que Jeanphi a terminé 25ème sur la Mitic, chapeau mon pote !

Mon nez ne s’arrête toujours pas de saigner alors que Charles et Apos sont mes deux nounous du jour et s’occupent de mes sacs et de me faire manger… Merci les gars ;-)

Nous terminerons la soirée tous les trois autour d’une bonne assiette à l’hôtel et d’un…. Perroquet ! Cyril, désolé, je n’ai pas pu attendre plus longtemps.

Au final, les ampoules me font perdre deux ou trois heures mais je m’en fiche pas mal, je savoure ma 139ème place sur 450 partants et 50% d’abandons !

J’aime l’Andorre et les organiseurs de la course qui proposent des épreuves hors normes : des courses de montagne, faites par des montagnards et pour des montagnards.

Titi bordel, qu’est-ce que tu m’as manqué ! rien n’est mieux que partir à deux ! j’ai adoré tes 25 ou 30 SMS d’encouragement mais c’est la première et dernière fois ! en 2020 on repart ensemble mon pote ;-)

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